—Lucius... toujours Lucius... n'est-ce pas?...

—Oui, oui, ma belle Corinthienne, sois tranquille! répondit César d'une voix douce et en lui faisant signe de venir à lui: Lucius toujours! N'est-ce pas sous ce nom que tu m'as aimé, aimé pour moi, et non pour mon empire et pour ma couronne, comme toutes celles qui m'entourent?... Viens, mon Acté, lève-toi! le monde à mes pieds, mais toi dans mes bras!

—Oh! je le savais bien, moi! s'écria Acté en se jetant au cou de son amant; je le savais bien qu'il n'était pas vrai que mon Lucius fût méchant!...

—Méchant! dit Lucius.... Et qui t'a déjà dit cela?...

—Non, non, interrompit Acté, pardon! Mais on croit parfois que le lion, qui est noble et courageux comme toi, et qui est roi parmi les animaux comme toi empereur parmi les hommes, on croit parfois que le lion est cruel, parce qu'ignorant sa force il tue avec une caresse. O mon lion, prends garde à ta gazelle!...

—Ne crains rien, Acté, répondit en souriant César: le lion ne se souvient de ses ongles et de ses dents que pour ceux qui veulent lutter contre lui.... Tiens, tu vois, il se couche à tes pieds comme un agneau.

—Aussi n'est-ce pas Lucius que je crains. Oh! pour moi, Lucius, c'est mon hôte et mon amant, c'est celui qui m'a enlevée à ma patrie et à mon père, et qui doit me rendre en amour ce qu'il m'a ravi en pureté; mais celui que je crains....

Elle hésita: Lucius lui fit un signe d'encouragement.

«C'est César, qui a exilé Octavie... c'est Néron, le futur mari de Poppée!...

—Tu as vu ma mère! s'écria Lucius se relevant d'un bond et regardant Acté en face; tu as vu ma mère!