CONFECTION SUR MESURE

I

— Pour résoudre l’obscur sonnet

Qui fermente en ton mésentère

De toi suffira-t-il de traire

Deux quatrains, deux fois un tercet

Selon le dessin qu’en traçait

Boileau monté sur Despautère

(Six, et sept : il est salutaire

De compter : huit) voyez, ce n’est

Rien de plus, et tel le souhaite

(Neuf, et dix) le maître poète

Avec le maître menuisier ;

On assemble, et cheville et rogne,

Et Minerve au fond du panier

En pénitence grogne, grogne.

II

— Sertir en quatorze vers

Selon des règles concises

Aux prescriptions précises

Le discobole univers,

Revers trouble, absurde avers,

Esthétiques indécises,

Éthiques sur rien assises,

Érotiques à l’envers,

Toutes aurores qu’on lève,

Et toutes bulles qui crèvent,

Démons qu’on ne sait bannir,

Tout ce qui nous fait maudire

La vie et la vient bénir,

Tout ce qu’un sonnet doit dire.

III

— Gloire humaine offerte aux vers,

Calme extase des églises,

Chant des gouffres, chœur des brises,

Tout ce que l’orbe univers

Roule, angélique ou pervers,

Neige au cul des Cydalises,

Aubes en fleur, ailes grises,

L’empreindre en ce rien de vers,

Cœurs déclos, âmes fermées,

Cieux qui s’ouvrent, joies, fumées,

Ce qui meurt, ce qui renaît,

Tout espoir et toute envie,

C’est beaucoup pour une vie,

C’est assez pour un sonnet.