Traité des eunuques
DANS LEQUEL On explique toutes les différentes sortes d'Eunuques, quel rang ils ont tenu, & quel cas on en a fait, &c.
On éxamine principalement s'ils sont propres au Mariage, & s'il leur doit être permis de se marier.
Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses & divertissantes à l'occasion des
EUNUQUES, &c. Par M . D .
Imprimé l'an M. DCC. VII.
M O N S I E U R,
J'ai à vous rendre compte de deux choses qui me justifieront envers vous de la liberté que je prends de vous adresser cet Ouvrage, & qui nous justifieront l'un & l'autre envers le Public, si vous trouviez à propos de le faire mettre sous la Presse pour lui en faire part.
Je connois plus d'un Fanfaron A crête & mine fiére, Bien dignes de porter le Nom De la Chaponardiére. Crête aujourd'hui ne suffit pas Et les plus simples Filles, De la Crête font peu de cas Sans autres Béatilles.
Les Personnes scrupuleuses trouveront peut-être que c'est là plûtôt l'occupation d'un homme oiseux, que d'un curieux qui cherche à s'instruire. Hujusmodi hærere quæstionibus non tàm studiosi quàm otiosi hominis esse videtur, comme parloit Saint Jérôme consulté par Vitalis sur la fécondité prématurée d'Achas. Ainsi il est bon de les prévenir, ou de les détromper, en leur apprenant que la vocation de l'examiner m'a été légitimement adressée.
La seconde chose dont j'ai à vous rendre compte, est le motif qui me porte à vous adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point d'autre, Monsieur, que l'estime toute particuliére que j'ai pour vous, & le cas que je fais de l'amitié dont vous m'honorez. Je me suis flatté que vous ne voudriez pas laisser paroître en public un Livre qui pourroit nuire à la réputation de son Auteur, qui est un de vos anciens Amis, & qui se repose sur vous du soin de l'éxaminer & de juger s'il mérite d'être mis sous la Presse: & je me suis persuadé que si vôtre jugement lui étoit favorable, je n'avois rien à craindre de la part du Public, parce que je pouvois espérer une approbation générale, ou en tout cas être assuré d'avoir en vous un puissant appui contre le mauvais goût & contre la Critique maligne, qui pourroient m'entreprendre. Je n'ai garde de faire ici vôtre Panégyrique à l'imitation de ceux qui font des Epîtres Dédicatoires, vos propres Ouvrages font vôtre Eloge, & le jugement favorable & glorieux que le Public en fait, vous est infiniment plus honorable que toutes les louanges qu'on pourroit vous donner dans une Epître. Je finis donc celle-ci en vous assurant que je me sers avec plaisir de cette occasion que j'ai souvent recherchée de pouvoir vous donner un témoignage public de la considération toute particuliére avec laquelle je suis,